__09h45, la sonnerie de mon petit réveil Disney rouge me tire brusquement du cauchemar récurant qui hante mes nuits ces derniers jours. Le coeur à l'envers et les cheveux dans les yeux, je me lève titubante pour mettre fin au cri strident de Mickey. Un coup d'oeil par la fenêtre, la cîme des arbres caresse les carreaux et le chant matinal des oiseaux m'invite à me replonger dans mes oreillers.
__11h11, je me frotte énergiquement les yeux pour estomper les dernières vapeurs du sommeil. Regard vers le réveil, un voeu. J'ai moins d'une heure pour me préparer, elle va arriver. Je saute dans une chemise de nuit et descends quatre à quatre les escaliers, manque de me casser la figure, et arrive devant le PC. Mes doigts engourdis tapent un message différé.
__11h52, je viens de terminer mes Chocapic, et je lace mes rangers accroupie dans l'entrée. Elle sera là d'une minute à l'autre. Une arabesque au coin des yeux et une étoile sur la joue plus tard, elle sonne. "Désolée d'être en retard Onee San, mais y a un magicien qui s'est connecté au moment où je partais alors...". Un sourire et un clin d'oeil, c'est pas grave petite soeur.
__12h45, on attend le train en rêvant à tout ce qu'on va faire aujourd'hui. Elle me parle de lui, et moi de l'autre. Il fait chaud à en creuver. Je crois que ça va être une belle journée.
__13h20, esplanade. "Tiens moi mon sac s'il te plait Suzanne". Et je cours. Calin. Contente de le revoir. Huhu ça fait cliché. On va baver devant les consoles à la Fnac, puis refaire notre stock de salive avec un jus d'orange pour moi, un oasis pour elle, et un coca pour lui. Assis dans l'herbe, y a des silences et des passants. On entend les balances du concert de ce soir.
__15h07, il part. "Serre moi fort, fort, fort". Officiellement il va bosser, mais je crois qu'il rentre chez lui pour jouer à Kingdom Hearts. Suz' et moi on se lève et on marche sans vraiment trop savoir où on va. Je décide de lui montrer mon lycée. On étudie les marches de l'entrée de très près. On échange nos chaussettes sous les regards médusés des passants, on fait des grimaces avec des petits garçons dans un car. Puis on a faim.
__15h48, à défaut de Häagen Dazs, on s'achète un granita framboise pour elle et une glace italienne vanille pour moi. Histoire de dégourdir nos popotins, on flane dans les petites rues. Je vais baver à Phylos et elle s'achète un bracelet chez Bijoux Brigitte. Un petit bracelet d'enfant avec des fraises dessus. Et puis une bague en forme de papillon d'un vert... pomme. C'est fou le contraste qui nous sépare... et nous rapproche. Notre force.
__18h02, il est encore tôt. Les gens commencent à se rassembler autour des arènes, l'ambiance Tryotienne se fait sentir (et les herbes de provence aussi). Pendant qu'ils installent les barrières, on va manger dans une-chaîne-de-restauration-rapide-très-connue. Un tour au pipiroom (c'est magique maintenant, la caissière appuie sur un bouton et ça s'ouvre) et une remise de "beauté" plus tard, on sort en priant pour que mon beau-père ne soit pas en retard. C'est lui qui a les places.
__19h12, ça y est on est dans la fosse. Ils m'ont jeté mon déo et mon parfum à l'entrée, c'est pas juste. Et ils ont confisqué les CD de Jimmy Hendrix de Suzanne, aussi. On rejoint Mélie et ses copines devant les barrières. Les gens ralent parce qu'on les double. Rooo. Je me sens un peu seule, c'est pas trop mon monde Tryo. Mais elle est pas loin, Elle. Donc tout va bien.
__20h38, la première partie a commencé. J'aime les textes et la voix éraillées de Ours, et Suz' aime la tête du batteur. Moi je le vois pas, y a un grand roux devant moi qui me cache la scène. Il fait chaud, je transpire. Je me hisse sur la pointe des pieds pour respirer. Manque de bol, c'est cet instant qu'a choisi une fille pour tomber par terre, provocant une mini bousculade. Puis Dobacaracol arrive. Un son différent, des voix féminines aux saveur d'ailleurs, et des percussions impressionnantes qui soulèvent la fosse dans un mouvement uniforme. Les arènes se chauffent. Moi je crois que je vais m'évanouir si ça continue. Alors je prends Fraise par le bras et je vais m'acheter un orangina à 3¤ pour me remettre les idées en place. Je sais pas si c'est la boisson ou son prix qui m'a le plus réveillée.
__22h14, enfin Tryo. On a migré vers les gradins parce que ça devenait insupportable en bas. Une petite pensée pour Mélie qui est restée plaquée contre les barrières. Je trouve deux magnifiques places, idéalement situées. Et c'est parti pour presque deux heures de folie. Le "Serre moi" version violons, c'est magique. Il fait nuit et on aperçoit deux-trois étoiles. Le vent léger fait des noeuds dans mes cheveux. Suz' est à fond, elle connait toutes les paroles. Moi je ne commence à m'exiter que lors de "Récréaction", ma préférée. Batterie envoutante et clin d'oeil au gouvernement, je crie avec la foule. On chante "Apocalipticodramatic" yeux dans les yeux, et je vois son sourire grand comme ça. Mais c'est sur "Pompafric" que la petite fille aux boucles d'oreilles jaunes se métamorphose. Hurlante, gesticulante, je ne l'avais jamais vue comme ça ma Strawberry.
__00h15, c'est fini. Ils nous ont fait un final splendide avec une reprise de "All you need is love". On retrouve Serge et ma soeur à la sortie des arènes et on récupère les CD confisqués de Suz'. Voiture, au revoir, bisous, maison, frigo, verre de lait, chambre, lit, oreillers, noir.